↑ Appassionata, Acte 2, Galerie Sultana, February 23 - March 14, 2018
↑ Appassionata, Acte 2, Galerie Sultana, February 23 - March 14, 2018
↑ Appassionata, Acte 1, Galerie Sultana, January 26, 2018 - February 22, 2018 © Aurélien Mole
↑ Appassionata, Acte 1, Galerie Sultana, January 26, 2018 - February 22, 2018 © Aurélien Mole
↑ L’épuisé, 2018, Installation of four elements, Lead stained glass on steel frame, dimensions variable. © aurélien mole
PRESS RELEASE:

Appassionata
(un opéra)
Acte 1 : 26. janvier – 22 février
Acte 2 : 23 février – 14 mars
Acte 3 : 15 mars – 31 mars

A la croisée des arts plastiques, visuels et vivants, Emmanuel Lagarrigue poursuit et étend ses réflexions autour des formats d’exposition et des processus de traduction d'une forme vers un autre champ. Conçue comme un opéra en trois actes, « Appassionata » combine un dispositif mobile et modulable et plusieurs pièces ou séries de pièces pensées comme de véritables personnages — ou facettes d’un même personnage —, éléments qui, au gré de l’exposition, vont être déplacés et reconfigurés, apparaître ou disparaître.

Structurant l’espace de la galerie, le décor de cet opéra consiste en un ensemble de grands panneaux transparents suspendus où se dessinent en réserve des formes prélevées dans deux films en noir et blanc dont l’artiste provoque ainsi la rencontre, mise en abyme en colorama : Meshes of the Afternoon (1943) de la cinéaste expérimentale américaine Maya Deren et Boy Meets Girl (1984) de Leos Carax. Manipulables par le visiteur invité à les faire glisser sur leurs rails, ces formes et images fixes, en potentiel mouvement, opèrent selon leur position comme masques autant que comme révélateurs des « personnages » en présence qui émettent ou (in)filtrent la lumière, diffusant leur propre halo, résolument silencieux et spectral.
Fonctionnant, comme dans ces deux films, tels des embrayeurs et accélérateurs de récit(s) et autres impressions mentales, elles dialoguent entre elles par un jeu infini de juxtapositions et superpositions multiples au prisme desquelles se dévoilent ou se devinent des personnages au visage changeant qui incarnent et parfois, littéralement, contiennent textes poétiques et littéraires, partitions et compositions musicales, signes et lettres. Ainsi de la série Les Servantes, variations de tubes de cuivre en circuit fermé à partir d'une ampoule « lisant » les mots de Paul Celan sur le langage traduits en morse ; du Dormeur, vitrail sur pieds à deux teintes recelant quant à lui dans ses verres les cendres d’une partition du duetto da camera d’Alessandro Scarlatti « Il Sonno », et avec, le dialogue intérieur qui s’y joue ; ou des photogrammes qui, lettre par lettre, épellent manuellement le mot SILENCE.

Placée sous le signe de la rencontre, « Appassionata » orchestre, par ses modulations expérimentales et abstraites, une cinématique vibratoire touchant les corps comme le(s) sens, et jouant, selon des systèmes d’assemblages et d’encodages, de (per)mutations et de versions, de prélèvements et de projections, de perceptions et d’interprétations, la mélodie sourde d’une intranquillité « récitationnelle » foncièrement fragmentaire et plurielle.

Anne-Lou Vicente, janvier 2018

Sultana